A Saône, décembre 2018

Mon cher journal saônois,

Cela fait longtemps que je ne suis pas partie en voyage avec mes élèves et voilà que Mesdames Forest et Courvoisier me proposent de les accompagner avec les élèves de 5°B et de 5°C dans un périple littéraire et culturel des plus intéressants : les châteaux de la Loire, de Chambord, en passant par Azay-le-rideau et Chinon, à l’abbaye de Fontevraud. Comment refuser de visiter, en plus, La Devinière de Rabelais, le Prieuré de Saint-Cosme où Ronsard a fini ses jours, le clos Lucé de Léonard de Vinci, le château de Saché dans lequel venait très souvent se ressourcer Balzac et Le palais de Jacques Cœur à Bourges ? Programme très tentant mais très dense, à tel point que je crois même qu’il s’agit d’une plaisanterie. Et n’oublie pas, en plus, qu’il y aura 52 élèves de 12 à 14 ans !!! « Heureusement Mme Delagrange sera là en renfort », m’ont-elles dit pour me rassurer, mais tout de même….Quelle audace !!!

Mais, tu me connais, rien ne m’arrête lorsqu’il s’agit de découvrir et surtout de faire découvrir des lieux et des personnalités qui nous ont marqués culturellement, historiquement et intellectuellement. L’ordre de mission dans mon casier, le voyage a désormais une tournure officielle et il n’est plus question de plaisanterie… C’est donc décidé, je serai de la partie !

C’est promis, je t’écrirai tous les jours !

Bien à toi

S.A

Très cher journal,

Comme promis je t’écris pour t’informer de notre voyage qui désormais est bien concret !

Lundi 1er avril : il est 6h du matin et ce n’est pas un poisson ! Les yeux encore lourds de sommeil, accompagnatrices et élèves prennent place dans le bus qui nous conduit tout droit vers un pique-nique royal au château de Chambord. Désormais nos yeux sont bien ouverts et émerveillés par le spectacle qui surgit devant nous : jardins « à la française » et somptueux bâtiment apparaissent au bout d’une forêt interminable dans laquelle François 1er s’adonnait à une de ses passions, la chasse. Mais laissons-là son goût pour la chasse et intéressons-nous à ce que nous disent Eden, Clara et Loriane qui ont préparé un exposé (eh oui, il s’agit d’un voyage scolaire, tu ne croyais tout de même pas que nous allions laisser les élèves inactifs !!) présentant la particularité de ce château de la Renaissance mais dont la structure reste médiévale : son escalier à double révolution c’est-à-dire avec 2 montées opposées qui ne se croisent jamais, modèle créé par Léonard de Vinci et qui aurait pu inspirer nos architectes saônois lorsqu’ils ont fait le collège, cela nous éviterait bien des embouteillages !!! Arrivés en haut des tours du château, la vue qui s’offre à nous est incroyable et c’est un réel plaisir que de voir les élèves ébahis tant par l’architecture intérieure et extérieure que par le domaine vaste et étendu qui entoure le château. Le nombre de chambres (455), de cheminées (280) laissent tout le groupe pantois mais pas le temps de tout visiter, notre chauffeur nous attend pour nous emmener à l’abbaye de Seuilly où nous serons logés le temps de notre séjour. « A nous la vie monacale pour une semaine ! » Les élèves rient en nous entendant mais « rira bien qui rira le dernier » !

A demain !

S.A

Mon cher journal,

Comme la vie saônoise me parait déjà lointaine ! L’abbaye de Seuilly est un lieu si calme et si retiré de l’agitation du monde que nous n’avons pu résister : nous avons retiré leur téléphone portable aux élèves pour la nuit et comme nous avons bien fait ! Les voilà plus calmes et plus en adéquation avec le lieu à découvrir aujourd’hui : l’abbaye de Fontevraud (qui a servi de nécropole royale abritant les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, d’Henri II et de Richard cœur de Lion). Remarque, la température particulièrement glaciale de ce mardi 2 avril aurait suffi à calmer les 750 élèves du Collège-Entre-Deux-Velles en 5 minutes !!!

Notre guide et nos élèves Naïm, Kylian et Nastya nous ont fait découvrir la vie des moniales, une vie spirituelle silencieuse (les élèves ont joué le jeu en tenant au moins…2 minutes !!!) et de labeurs, menée sous la conduite d’une hiérarchie et d’un ordre bien définis auxquels il ne fallait surtout pas se soustraire sous peine de lourdes sanctions, mais aussi une vie économique fondamentale dans la société. Il a été aussi question d’architecture et nous n’avons pu qu’admirer le travail des bâtisseurs de cathédrales, qui, durant des siècles, ont œuvré à l’édification des plus beaux bâtiments religieux comme celui de Fontevraud. Chose incroyable, cette abbaye, qui désormais est un site culturel à visiter depuis 1975, a été de 1804 à 1963 une des plus dures prisons de France.

Puis, midi sonnant, les ventres gargouillant, les corps engourdis par le froid appelant à se réchauffer et les esprits cherchant à s’égayer, quoi de mieux qu’une visite à La Devinière ? Quoi, tu ne connais pas ce lieu ? Mais si, voyons, si je te dis, « Alcofibras Nasier », « Picrochole », « Grandgousier », « Gargantua », « Pantagruel » ? Mais oui, il s’agit du musée Rabelais ! Une visite pittoresque de la métairie, avec sa ferme troglodytique, et haute en couleur sous la verve et les écrits truculents de Rabelais, grand humaniste, avide de savoir, de connaissances, un grand esprit qui plaçait la curiosité du monde et des hommes au cœur de sa démarche philosophique sans oublier de profiter de tous les plaisirs de la vie.

Je finis-là le récit de notre deuxième journée, ivre (au sens figuré bien évidemment, que vas-tu t’imaginer ???) de toutes ces (re)découvertes et rêvant de ramener 52 petits rabelais à Saône…

A demain !

S.A

Cher journal,

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ! », proverbe que j’expérimente depuis 3 jours maintenant, non sans quelques difficultés, je dois bien te l’avouer, mais ce mercredi 3 avril a tenu toutes ses promesses, en commençant par le château d’Azay-le-Rideau construit sur une île et servant exclusivement de lieu de villégiature à François 1er. L’architecture, d’inspiration fortement italienne, se reflétant dans l’eau, a été pour les élèves l’occasion de prendre de très nombreuses et artistiques photographies depuis le parc. Ils n’ont pas oublié le concours photo lancé par Mme Courvoisier et tu penses bien que moi non plus ! J’ai ainsi réalisé quelques très beaux clichés mais force est de constater que 5°B et C me surpassent dans ce domaine…et sont déjà prêts à intégrer la classe « Images et sons » l’année prochaine !! Tant pis pour moi, je dis adieu à un éventuel prix… mais je ne m’avoue pas vaincue et lorsque nous atteignons le prieuré de Saint Cosme, je me sens dans mon domaine : la poésie, mais les élèves me laissent muette. Ils ont bien travaillé et n’ont pas pris ce voyage à la légère. Lou-Line, Lucile et Lisa nous présentent, dans leur exposé, la dernière demeure du « Prince des poètes », Ronsard, ainsi que quelques-unes de ses poésies, dédiées aux femmes de sa vie, avec une aisance déconcertante… Je n’ai plus qu’à me recueillir sur la stèle du célèbre Ronsard en me disant que la relève est assurée !

Puis, c’est le choc : nous faisons un bond dans le temps de près de 300 ans pour nous rendre à Saché, en plein XIX° siècle, dans le château qu’affectionnait particulièrement Balzac. Et me vient à l’esprit le premier vers de Rimbaud « c’est un trou de verdure où chante une rivière ». Quel endroit magnifique, au cœur d’une campagne émeraude où coule la Loire ! Balzac, loin de la vie parisienne turbulente et des tracas du quotidien, y a écrit Le Lys dans la vallée et Le Père Goriot. Camille, Anaëlle et Lou ont été émues de nous raconter les déboires financiers, amoureux de Balzac dans la salle même où il a écrit ses romans et assises sur le fauteuil qu’Honoré honora de si longues années. Oui, je te le concède, le jeu de mots est facile mais ô combien tentant !

Après une longue journée, je ne suis pas mécontente de me retrouver à Seuilly, les élèves sont dans leur chambre et, avant de regagner la mienne, nous faisons le point sur le programme qui nous attend demain, autour d’une bonne tasse de thé et de quelques petits gâteaux, on se croirait vraiment dans le salon de Saché, où l’on ne buvait pas que du thé !

Bien à toi,

S.A

Très cher journal,

Après une nuit bien méritée, ce jeudi 4 avril se lève avec le soleil, et le froid est moins mordant que ces derniers jours. « La douceur angevine » chère à Joachim Dubellay serait-elle enfin parmi nous pour la visite de la forteresse de Chinon ?

Alors que jusqu’à présent les châteaux, de par leur architecture et leur emplacement, se voulaient résolument « modernes » et accueillants adoptant un style « renaissance », très innovant, venu d’Italie, la forteresse royale de Chinon, elle, nous surprend par son caractère fortement médiéval et par sa situation sur les hauteurs de la ville affirmant ainsi sa nature défensive. Et c’est dans la grande salle où Jeanne d’arc a reconnu le roi Charles VII en 1429 que nous nous retrouvons pour que Enzo, Elena et Marion nous racontent l’histoire, le destin de cette jeune fille exceptionnelle de 17 ans qui a marqué la guerre de cent ans.

Du haut des remparts, les toits d’ardoise fine se détachent du ciel et nos petits francs-comtois sont étonnés de la forme des clochers, de la couleur des toits et de la pierre, de tout ce paysage bien différent de celui qu’ils connaissent.

Ah ! Cher journal ! Comme je suis contente que ce voyage, depuis le début de la semaine, éveille leur curiosité, leur apprend à se poser des questions, à s’interroger sur ce qu’ils voient et à prendre conscience que l’Histoire, leur histoire est affaire d’hommes, de penseurs, de bâtisseurs et finalement de passionnés.

Bien à toi,

S.A

Cher journal,

C’est le dernier jour que je t’écris car, aujourd’hui, vendredi 5 avril, la route du retour est devant nous. Et c’est avec un petit pincement au cœur que nous quittons notre abbaye…direction Amboise et Le Clos Lucé, puis Bourges, sa cathédrale et le Palais Jacques Cœur ! Tu ne croyais tout de même pas que Mmes Courvoisier et Forest nous laisseraient un moment de répit ! Désormais c’est avec impatience et comme un petit rituel, que nous attendons les exposés de Raphaël, Maxime et Timéo pour nous présenter Léonard de Vinci et de Johé, Noa, Andréa, Hugo et Nathan pour nous parler de Bourges et du banquier du roi.

Si le somptueux hôtel particulier au style gothique flamboyant ne laisse aucun doute sur la richesse de Jacques Cœur, ancien commerçant maritime, amoureux des arts et donc grand mécène que dire du château du Clos Lucé dans lequel l’incroyable Léonard de Vinci a vécu les 3 dernières années de sa vie et qui a pour vocation, aujourd’hui, de permettre au plus large public de découvrir toutes les richesses intellectuelles de ce grand génie ? « Il ne faut pas simplement regarder et voir les choses, il faut les observer », ce que nous avons essayé de faire en admirant toutes ses inventions avant-gardistes pour l’époque et dont nous avons, en grande partie, hérité. Voilà une bien belle manière de terminer ce voyage, par la rencontre d’un grand esprit !

Bien à toi,

S.A

POST-SCRIPTUM : Merci à Nicolas, notre chauffeur, qui a fait preuve d’un grand professionnalisme et qui nous a conduits en toute confiance sur les routes, dans son « carrosse » tout neuf, et qui a fait preuve d’un grand altruisme en me laissant / confiant son micro. Eh oui, mon cher journal, sache que « Radio Arthaud » et sa quotidienne sont nées grâce à lui !

Merci à Mme Delagrange pour sa présence efficace dans la gestion du quotidien et pour sa mission de me réveiller tôt tous les matins, ce qui n’est pas, pour toi qui me connais bien, chose aisée…

Merci aux élèves qui ont su se montrer curieux, intéressés et enthousiastes pour présenter toutes les visites et participer à toutes les activités proposées, y compris l’écriture de leur journal et d’un sonnet à la manière de Ronsard lors des veillées du soir.

Et vraiment merci à Mmes Courvoisier et Forest pour ce magnifique voyage au cœur de la Loire mais surtout au cœur de la Connaissance et de l’Histoire. Tout a été réuni pour que germe dans l’esprit de nos élèves la graine du savoir qui fera d’eux de futurs citoyens éclairés, ouverts sur le monde et sur les autres. Ils sont la somme d’une Histoire, d’histoires et ce genre de périple devrait leur donner le goût du voyage, la curiosité et l’envie de savoir de qui et de quoi ils sont les héritiers afin de devenir plus tard des humanistes, qui à leur tour, laisseront des graines à germer…

Stéphanie Arthaud, professeur de français.

Et si les châteaux de la Loire m’étaient contés….

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